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47Ashes (1999-2004)

« Of my bizarre you must beware »


Pierre fonde 47Ashes en 1996, bien que la première parution discographique n’ait vu le jour que trois ans plus tard. Ce projet proposait des ambiances sonores à base de boucles modifiées et de motifs hypnotiques, teintées d’industriel martial ou plus atmosphériques, quoique souvent bien plus noise. Entre 1999 et 2001, 47Ashes a sorti cinq mini-albums qui constituent un cycle tant conceptuel qu’esthétique, dont chaque opus, d’une durée de quinze minutes et limité à 47 copies, explore une thématique précise : le mouvement europaganiste, la figure de l'écrivain J. G. Ballard, le chaos urbain ou encore les théories conspirationnistes.

En 2001, a lieu la première des trois collaborations avec Melek-Tha, qui va amener 47Ashes à se renouveler, tout en conservant son intérêt très marqué pour le folklore ésotérique. Ainsi, à partir de 2002, bien qu’utilisant des moyens techniques minimalistes, la production des morceaux gagne en qualité grâce au mixage réalisé par Melek-Tha, et les disques plus longs qui sortent ensuite vont élargir le spectre sonore des compositions. Le sens de l'humour second degré de Frère Saint Pierre, si atypique au sein du mouvement industriel, reste bien présent, comme en témoignent les titres des albums Ragnarokaraoke ou Heilige Flammekueche.


Graphiquement, 47Ashes a poursuivi une ligne visuelle très singulière, d’une orientation cabalistique lors de son premier cycle, et de facture plus ludique et décalée avec les trois disques suivants. La création d’un vocabulaire spécifique est également un élément important de 47Ashes, au sein duquel l'articulation alchimique de mots clés transforme les titres des morceaux en incantations phonétiques, en évocations abstraites et énigmatiques : « Ultrapocalysong », « Thule Teenagers »,  « Tatooeed Tits, Turntable, Totentanz », « Europalcoholocaust » ou encore « Abracadabraxas ».

De manière plus générale, en brouillant volontairement les références culturelles obscures qui sont abordées au sein du projet, 47Ashes s'est finalement façonné une mythologie toute personnelle. Le dernier disque fut My Bivouacs in Your Bunkers, non autoproduit comme les précédents mais sorti chez Cynfeirdd en 2004. Album auquel un certain nombre d’invités ont indirectement participé, soit avec des interventions enregistrées à distance (Der Bekannte Post Industrielle Trompeter) soit avec l’apport de sons ou de boucles que 47Ashes s’est réappropriés (Claudedi de Ain Soph, Skin Crime, Melek-Tha).


« Why your girlfriend doesn’t like this music »

Discographie descriptive, chaque fois un lien renvoie vers le site officiel de 47Ashes et des extraits à écouter :

Bribes de voix ou de sons devenant rythmiques, phrases déconstruites, boucles rituelles, sons du réel et bruits acousmatiques sont les bases du travail de sampling de ce premier mini-album décapant.

Ambiances martiales minimalistes ou plus orchestrales, caisse claire, synthés et samples vocaux, danse macabre aux relents ethniques, ce second disque se focalise sur la nature du « rythme ».

Noise atmosphérique, electronica magnétique, trames électroniques vrombissantes et motifs mélodiques immatériels confèrent à cet opus subtil un rendu définitivement organique et lancinant.

Une esplanade résidentielle, où les agissements incivils d'une jeunesse délinquante sont captés par des microphones cachés, forme le décor de ce documentaire brut. Ambiance de saccages urbains, scooters rugissants, aboiements de pitbulls, insultes et nuisances diverses sont les éléments caractéristiques de ce milieu urbain hostile, véritable zone de non-droit où le terrorisme social et sonore est la seule loi.

Disque composé uniquement de morceaux d'une minute, dont chacun repose sur une boucle multicouches de bruit blanc complexe et d'électronique froide et abstraite, au rendu rythmique, harsh noise ou plus ambient.

La « série brune » des mini-albums achevée, les trois productions suivantes s’inscriront dans des formats de durée plus classiques, les morceaux se voyant davantage développés sur la longueur, tout en conservant une unité sonique toujours artisanale. L’intitulé des titres indique la permanence des thématiques précédemment investies, qui sont toutefois renouvelées à travers le prisme, toujours décalé, de Frère Saint Pierre.

Si les boucles étaient déjà bien présentes au sein du premier cycle, elles sont désormais au centre du projet, elles en sont l'essence. Chacune d'elles est minutieusement travaillée et mixée, les structures sont plus finement masterisées, donnant à entendre des morceaux industriels aux ambiances riches et de styles variés : dark ambient, harsh noise, martial, atmosphérique, voire rituel. Le côté minimaliste, en termes de sonorités en action, reste de mise, toujours dans l’esprit de « forger l'énergie primale du son ». Chaque piste est un voyage intérieur hypnotique, une vision sonique tourmentée, ésotérique ou plus ludique.

- Ragnarokaraoke (04/2002)
- Heilige Flammekueche (04/2003)

De nombreuses sources sonores ayant été fournies par des contributeurs extérieurs, ce dernier disque propose des morceaux aux atmosphères sensiblement plus variées que les deux longs formats précédents, tout en préservant l’esprit particulier de 47Ashes. Les cinq « bivouacs » de l'opus sont, sur fond de substrat noise, de courtes ponctuations où les solos de trompette de Der Bekannte Post Industrielle Trompeter versent dans l’expérimental, l’ambient ou des tonalités plus enjouées. Considérant avoir atteint une forme d'aboutissement, tant musical que conceptuel, cet album constitua le testament sonore de cet ambitieux et étonnant projet qu'aura été 47Ashes.


Après 47Ashes : Irrumatorium

Le dernier projet en date de Pierre a été créé en 2008. Irrumatorium proposait des expérimentations, atmosphériques ou plus bruitistes, composées uniquement à base de synthétiseurs numériques, mais dans un esprit old school. Un unique disque est sorti en 2009, Also Sprach My Ass, édité chez Steelkraft Manufactory. Il y a eu également plusieurs collaborations avec Melek-Tha, là encore autoproduites sur son propre label, comme cela avait déjà été le cas pour celles avec 47Ashes.

Avant 47Ashes : Doktor Batkampf, In Zhe Gaza Megakitsch, Le Serpent Secret Occidental.

À l’ère des cassettes et des enregistreurs quatre pistes analogiques, Pierre avait déjà eu plusieurs projets de styles très distincts de celui de 47Ashes. Après des débuts empreints de post-punk sombre à la fin des années quatre-vingts (Doktor Batkampf puis Ici L’Ombre), c’est surtout l’entité électro-rythmique In Zhe Gaza Megakitsch, active entre 1991 et 1994, qui laissera la trace la plus notable. À noter, en 1995, la courte parenthèse du projet ambient et noise Le Serpent Secret Occidental.


« La vérité est un chien assis de l’autre côté du mensonge »

On peut remarquer que des traces des groupes précédents de Pierre sont repérables au sein du cycle des cinq premiers mini-albums de 47Ashes, ces « cendres » des projets passés, disséminées avec malice, dévoilant, s’il était encore besoin, le caractère si original du projet.

. 2e CDr - Songs for the Final Barbecue : en bonus figure « L’Appel », morceau live datant de 1992. Bien plus lent et martial que les brontorythmes apocalyptiques caractéristiques de In Zhe Gaza Megakitsch, ce morceau s’insérait finalement de façon assez adéquate dans la thématique de ce disque.
. 3e CDr - Noise, Napalm & Necropsy : disque composé uniquement de titres retravaillés de la cassette de 1995 du projet Le Serpent Secret Occidental.
. 4e CDr - Hallali Héboïdophrénique : au centre d’une back cover alternative du disque, on retrouve l’image du Doktor Datkampf, utilisée sur l’unique cassette sortie sous ce nom.
. 5e CDr - Morgensheutegesternwelt Pop Music : le dernier morceau, « Thule Teenager », utilise le même extrait cinématographique que l’interlude présent en face B de la première cassette de In Zhe Gaza Megakitsch, Godzilla vs Aleister Cröwley.


Archives & liens

. Chroniques des disques sur les sites Heimdallr et The Noiseist, archivées sur le site officiel de 47Ashes.
. Interviews de 2001 (archive 47Ashes) et 2003 (fanzine Cynfeirdd).
. Article « 47Ashes ou le dévoilement de la stratégie de la tension », paru dans la newsletter Life Without Sex en 2002, incluant notamment une discographie commentée par Bärn Balta (fanzine et lien sur le site officiel).
. Morceaux de 47Ashes tirés du split album (double CDr) avec Melek-Tha, The Earth Abomination (2001).
. Mp3 de tous les albums.

. Chroniques du disque sur les sites Guts of Darkness et Institut Freiberg.
. Photos du concert à Paris en 2009, organisé par Amortout.
. Album Also Sprach My Ass (2009), écoutable sur le site du label Steelwork Maschine.

. Biographie du projet et présentation de ceux qui l’ont précédé (Doktor Batkampf, Les Waterloo’s, Ici L’Ombre), ainsi que du court projet expérimental Le Serpent Secret Occidental.

In Zhe Gaza Megakitsch (1991-1995)

« Martel Muznick with Explicit Rythmicks » 



Pierre a fondé In Zhe Gaza Megakitsch en 1991, formation dont on pourrait rapprocher le style musical de celui de Dive, dans une version plus bruitiste et épileptique. Cependant, la première cassette sonnait plutôt comme une continuation de ses groupes précédents, bien que sur un mode plus industriel, et la deuxième réunissait des compositions plus expérimentales et noise. Ce n’est qu’en 1992 que l’identité musicale du projet se forge réellement. Brontorythme apocalyptique, distorsion amphétaminée, bruitistosaure frénétique et voix trafiquée définissaient la démarche sonore de In Zhe Gaza Megakitsch. Par ailleurs, à l’inverse du ton sérieux propre au mouvement industriel de l’époque, l’univers conceptuel du projet était très parodique, empreint d’un humour au second degré très marqué. Cet aspect se retrouvait aussi dans les tenues scéniques gadgétisées qui étaient endossées lors des concerts. 


L’univers graphique du groupe, créé à base d'images détournées, de collages, de typographies hallucinatoires et d’une orthographie totalement extravagante, venait parachever l’excentricité survoltée du projet. In Zhe Gaza Megakitsch a sorti plusieurs cassettes autoproduites, de très courtes durées et portant des titres souvent fantasques, mais toujours évocateurs : Godzilla vs Aleister Cröwley, Oui-Ja Oui-Ja !, ou encore Fuck Me Like a Panzer-Schlaggen. À noter, sur cette dernière, la participation de Yvon Million, du groupe cold-wave Neutral Project, aux backing vocals sur le morceau-titre. Rien d’étonnant en fait, puisque celui-ci a apporté une aide technique sur les premiers enregistrements du projet, et a également distribué ses premières cassettes. In Zhe Gaza Megakitsch a aussi participé à de nombreuses compilations, la dernière étant le CD Body Frequencies sorti en 1995 sur le label italien Minus Habens, avec entre autres Dive, Esplendor Geométrico, Nightmare Lodge ou encore Kapotte Muziek


Avant IZGM : Doktor Batkampf, The Waterloo’s et Ici L’Ombre 

Avant ses projets plus industriels, Pierre avait déjà mis sur pied plusieurs groupes dont la musique était structurée autour d’une boite à rythmes et de guitares saturées, d’un style dark-punk pour Doktor Batkampf et The Waterloo’s en 1988, ou teintée de post-punk amorphe avec Ici L’Ombre. Ce duo utilisait déjà une typographie et un graphisme singuliers, tout en étant fidèle à l’esprit de la culture do it yourself des années quatre-vingts. L’importance accordée à l’aspect visuel est déjà à souligner, puisque c’est une démarche esthétique qui se poursuivra et évoluera tout au long du parcours de Pierre. Concernant Ici L’Ombre, on notera que Yvon Million avait déjà aidé à la production de leur unique cassette, Sleepbunker & Sexmuppets, sortie en 1989. 


Après IZGM : Le Serpent Secret Occidental 

En 1995, un projet ambient et noise, basé sur des bandes mises en boucle et diverses expérimentations, a vu le jour : Le Serpent Secret Occidental. Une cassette est sortie (Play at Minimum Volume), ainsi qu’un 45 tours (Girls Love Disco / Violent Death Feed-Back Experience). Cette parenthèse expérimentale fera ainsi la transition avec le second projet sonore d‘envergure que Pierre développera ensuite : 47Ashes


Archives & Liens 

. Extraits :
. Photos de concerts de 1992 et 1993. 
. Un article (1992) et des chroniques (1992-1993) dans des fanzines de l’époque. 
. Newsletter (1992) incluant la liste des cassettes et des reviews.
. Interview (1992) de Eternité Minimale, le label de Neutral Project mais également petit label de distribution à l'époque, où Pierre évoque In Zhe Gaza Megakitsch.
. Différents visuels créés par Mister Kirschner. 
. Article sur le « minimalisme rythmique » écrit par Pierre, édité sous forme de newsletter et reprenant celui qui était paru (sous le titre de « Music for Drum Boxes ») dans le sixième numéro du fanzine Symposium en 1994. 
. Mp3 des six cassettes sorties entre 1991 et 1994 

. Chronique de la split tape The Waterloo’s / Flagrant D’Eli sortie en 1988. 
. Dessins de Dok Batkampf dans le fanzine punk Opus Incertum édité en 1988. Autres traces de sa participation à des graphzines collectifs en 1988 : Disco Totem ou encore Pirates
. Affiche (1990) pour l’émission de radio punk et new-wave British Connection, dont Le Dok était proche à la fin des années quatre-vingts. Dans les archives photos de cette émission, on peut l’apercevoir en 1989 avec les membres de l’équipe, ou bien aux côtés de groupes comme Little Nemo et Opera Multi Steel
. Interview de Ici L’Ombre dans le fanzine Street Zine en 1990. 
. Interview de Yvon Million de Neutral Project évoquant sa collaboration avec Ici L’Ombre puis In Zhe Gaza Megakitsch dans le fanzine Omega en 1993. 
. Mp3 Doktor Batkampf : cassette R Polizëi Du Psyche Shug VII
. Lien Youtube avec l'intégrale de la K7 de Doktor Batkampf R Polizëi Du Psyche Shug VII
. Mp3 The Waterloo’s : split tape Dictature à la 8e dimension

. Mp3 de la cassette Play at Minimum Volume

Book ‘Fight Your Own War - Power Electronics and Noise Culture’ (2016)


Harsh sounds, fierce vocals, controversial thematics, offensive visuals… Thirty years ago, who would have thought that such an antisocial musical niche will growth and evolve in order to define a scene on its own.

To preface my in-depth review of the book, let’s examine some of the power electronics’ definitions proposed within the volume.

Even though power electronics was initially connected to industrial music, it must be agreed that over thirty years, it has become more related to a genre of noise music. Yet, this tie to industrial music makes the first distinction between both styles: “power electronics differs from standard harsh noise in the fact that there are traces of a traditional song structure.”[1]

Besides, the power electronics genre “has multiple facets to it, and the subject matter varies between projects, but the skeleton beneath is a stripped-down approach where the vocals and lyrics define the band more so than the sonics. [And] when you take the vocal element out of it, defining power electronics against other experimental genres becomes cloudy.”[2]

Indeed, “the main factor separating power electronics from other forms of noise is the vocals (…), [whether they] are distorted and processed to the extent of forming another part of the noise, or clear and high in the mix, rendering important lyrics audible to even casual listeners (…)”[3]

As a matter of fact, the second main reason differentiating power electronics from noise is the intensity of the vocal, in addition to the extreme contents of the lyrics.

[1Stephen Petrus, p.47 - [2Scott E. Candey, p.45 & p.47 - [3Nathan Clemence, p.86

My complete review is on the site Special Interests.


Links of other reviews of the book:


Links of the editor’s interviews upon the project: Headpress – Flux


Images courtesy of the editor Jennifer Wallis & the publisher Headpress.

Le Syndicat Faction Vivante - Live in Brussels (2015)

« Sharpened Bruitism in Direct Mode is induced by Total Chance »

In December 2015, an important audiovisual event around industrial music took place in Brussels. Part of this program was a concert of the french Le Syndicat Faction Vivante, who is self-described as 'instant action training and final execution in public'.


This live action was performed by two operators: Ruelgo, the ultimate representative of the french bruitist band Le Syndicat, and Saphi, the leader of the project Nocturne


The visual aspect of the show has also highlighted the intensity of this concert: 2 mini-cameras were filming the operators’ hands in action, and the result was projected live on stage. A static camera captured an overall view and, on the balcony, I was in charge of a second one, shooting closeups or short camera movements.


Considering the variety of the sound performed during the show as much as regards the global visual aspect, the video of the concert is merely astonishing. It is also another major step in the bruitism endeavour that Ruelgo has continued to pursue since more than 3 decades.

A version in a lower quality is on the youtube channel of Le Syndicat.
More pictures of the show can be viewed here.



The first album of the band has been released in 2017 on Aussaat.




More information on the facebook of Le Syndicat Faction Vivante

Noise Receptor journal - Issue 3 (2015)

« sound with impact - analysing the abstract »

Noise Receptor is an Australian publication dedicated to the diverse sub-genres of industrial music, and is a necessary item to have for everyone interested in this underground scene. It is a specialist micro print endeavour which constitutes the physical manifestation of the website, but contains new interviews and art content to differentiate it from the already published web-based reviews.


This issue offers in-depth interviews with the projects Puce Mary, Wertham, Alfarmania/ Survival UnitAischrolatreia, the label Fieldwork, a Genocide Organ profile and a hundred of detailed reviews (ambient, industrial, experimental, power electronics, etc.). It also includes 13 pages of exclusive artwork by Kristian Olsson, and his DIY industrial culture ‘cut and paste’ aesthetic gives an appropriate touch to the visual aspect of this issue.

The editor, Richard Stevenson, gives us a clear statement regarding his involvement in this journal, and specifically the interviews herein: “One critical element remains unchanged: being the goal to ensure all interviews are long form and in-depth and going well beyond cursory surface level questions to cover in detail the themes and concepts explored by featured artists”. Indeed, the concern of the interviewer makes that all these interviews highlight the spirit within and the intent behind the creative works of each musician.

The last thing that will make you convinced to purchase this issue, is the conclusion of the Richard Stevenson’s editorial: 
“However, sometimes I do wonder if a large section of the newer ‘internet’ generation has simply missed gaining an appreciation of print media and underground ‘zine culture’. This observation is based on fact that the noise receptor journal facebook page has roughly double the number of ‘likes’ compared to the number of physical magazine which have been sold per issue to date. Noting than none of the featured interview content is available online, it seems that many are missing the best parts of this publication. Their loss really. Regardless, this magazine remains dedicated to all who value the permanence of print media and underground ‘zine culture’.”


A5 Format. 114 pages in length. Professional print ‘perfect bound’ spine, with matt laminate, thick card stock cover. Colour cover and greyscale throughout. 
International distribution: USA, UK, Germany, Finland, Sweden, Norway, Canada, France.
All details + a vimeo promo here.

Nox - Rock En Rut

Musique industrielle et pourtant sexuelle, incantation précédant la chute du corps dans la poussière, chant tribal résonnant dans une zone urbaine désertée, Nox est un groupe majeur de la première génération de groupes post-industriels français.



Nox est le groupe créé par Gerome, qui en fut le pilier et seul membre régulier depuis sa création.

A la fin des années 70, il participe d'abord à plusieurs groupes dont les influences vont du Krautrock allemand (Neu, Can…) à la première vague du mouvement punk. Etudiant aux Beaux-Arts, Gerome aborde la musique avec un état d'esprit différent, déjà désireux d'utiliser le son comme une matière, et c'est un punk expérimental que propose les premiers projets où il s'implique. Il est vrai qu'en France, le punk revêt un côté bien plus arty qu'en Angleterre (où il est plus tourné vers des revendications sociales) et on y retrouve pas mal de personnes issues des arts plastiques ou de la peinture.

Il découvre ensuite la musique industrielle avec Cabaret Voltaire et Throbbing Gristle, et désire ouvrir plus amplement ses compositions à l'expérimentation. Avec Arno (guitare, voix) et Cécile Babiole (basse, voix, percus), Nox naît réellement en 1982 à Metz, le groupe existe depuis à peine 2 répétitions quand il livre sa première performance, ce concert extrême et primitif les incite à continuer.



Le nom du groupe, bien que voulant dire La Nuit en latin, est surtout choisit pour sa sonorité courte, percutante et prononçable partout dans le monde. Une notion que l'on retrouve aussi dans les vocaux, car bien qu'il y ait toujours eu des textes, ceux-ci étaient triturés pour se résumer au final à une forme phonétique. En parallèle le logo du groupe apparaît, inventé par Cécile et mis en forme par Gerome ; ces trois personnages se rapprochent de l'art africain, une influence réelle dans le groupe, que l'on retrouve aussi dans les programmations de la boîte à rythmes, répétitive et tribale.

En 1983, Nox participe au festival Nuit & Brouillard à Paris, avec Die Form, Berlinerluft (premier projet commun de Pacific 231 et Vox Populi!, Whitehouse, Psychic TV (finalement annulé), Art & Technique et Sprung Aus Den Wolken. Le collectif était d'ailleurs connu pour être très exigeant concernant ses prestations live et intégrait, comme Einstuerzende Neubauten à ses débuts, des percussions métalliques constituées d'objets divers récupérés dans la rue le jour même du concert.

Nox s'installe à Paris et autoproduit sa première cassette en 1984. Acte 1 est le fondement musical du groupe : une transe urbaine énergique et hypnotique, à base de rythmiques linéaires, de guitares abrasives et de voix rituelles.
Arno se retire ensuite du groupe, mais Cécile et Gerome rencontre Laurent Perrier au premier concert de Sonic Youth à Paris en 1986. Celui-ci s'implique très vite dans le groupe en tant que second guitariste, percussionniste et chanteur, et participe rapidement à l'enregistrement du disque en cours, qui sort sur le label berlinois Dossier Records. Le LP Session 84-86 comporte ainsi une face datant de 1984, à l'époque où Arno officiait encore dans le groupe, et une seconde avec ce nouveau line-up. Tout en restant répétitive et tribale, la musique s'étoffe, notamment grâce à l'accès à des moyens techniques plus importants.

Comme d'habitude, chaque base de morceau est toujours retravaillée par le groupe en entier et la manière de composer reste alors collective. Le radicalisme sonore de Nox s'accentue avec cet opus, et peut se rapprocher de certains titres des Swans.

En 1988 sort le vinyl Crowd 33/45 RPM sur le label nancéen Permis De Construire. Pour privilégier certain morceaux, une face du disque y est pressée en 45 tours (comme pour un maxi), améliorant ainsi le son grâce à un sillon plus large puisque gravé sur une plus grande surface. Cet album est plus mélodique, adouci par de nombreuses sonorités acoustiques.

En 1989 ressort en LP la première cassette, remixée et renommée Acte 1 : Back to the Roots !. Comme à l'origine les voix avaient été directement enregistrées pendant le mixage, elles ont dû être réinterprétées intégralement pour cette réédition, Gerome réenregistrant aussi celles précédemment réalisées par Arno.

Cette même année, rencontré par le biais de Permis De Construire où il était aussi signé, Laurent Pernice intègre Nox en tant que percussionniste.



Le CD Live à la Manufacture sort également chez Permis De Construire Deutschland et, bien que simplement enregistré sur un walkman stéréo, ce disque transpire de l'énergie tribale brute et envoûtante que le groupe dégage en live. Leurs performances participent de la confrontation et de l’engagement, et si jamais il y a un message chez Nox, c'est par la musique qu'il passe. L'essence de la révolte y est exprimée de façon énergique et binaire, remettant ainsi en question une certaine forme de modernité en y insufflant des notions de brutalité et d'instinct premier.

Toujours en 1989, sort le LP 25cm Rut chez Odd Size, auquel seuls Laurent Perrier et Gerome participent. Quasiment instrumental, l'album développe des climats froids et oppressants, la priorité étant donnée à des nappes sonores puissantes et hypnotiques, peuplées d'innombrables guitares.

En 1990 sort le dernier opus du groupe, Killin' Drive Power, en hommage à JG. Balard (auteur du livre Crash !) qui sonne plus rock, lourd et lancinant, pouvant évoquer Ministry par endroits. Une énergie incendiaire pour un album qui marque également l'apparition du mot articulé, mais qui ne retire rien à la puissance du cri.

Cécile Babiole quitte le groupe pour s'impliquer définitivement dans ses propres projets audiovisuels, et Nox ne se produisant plus trop en live, Laurent Pernice, pour qui c'était une motivation majeure, le quitte aussi. Réduit à l'état de duo, le groupe enregistre un disque qui ne sortira finalement jamais, et Nox s'arrête définitivement en 1994.


Cet article a été reproduit ou cité ici et ici.
Cet article est initialement paru en 2006 sur le webzine Obsküre, et quelques corrections y ont été apportées en 2016.

Jean-Louis Costes - Seul Contre Tous

Jean-Louis Costes est un artiste incontournable du paysage indépendant français ; connu de beaucoup mais peu reconnu, il ne cadre avec aucune esthétique existante et n'est finalement légitime dans aucune scène musicale ni théâtrale. Son public est un mélange hétéroclite, majoritairement composé d'individus isolés, de l'anarcho-punk à l'adepte de musique industrielle.



C'est au milieu des années 70 que Costes commence à jouer du clavier dans un groupe et, comme tous les apprentis musiciens de cette époque, essentiellement avec des reprises de rock. Il évolue rapidement vers des choses de plus en plus bruyantes, et c'est avec le début des possibilités d'enregistrement de home-studio qu'il produit ses premières maquettes. Immanquablement rejeté par les maisons de disques, il prend sa revanche, en radicalisant d'abord ses textes dont il fait un style, une technique, dès sa première cassette en 1985.
Quand il enregistre, il travaille sans réelle direction mais en centralisant ses idées autour d’un thème précis, puis se lance et inscrit une pensée brute sur la bande magnétique, dont il conserve les éléments les plus spontanés. Musicalement, ses morceaux sont souvent basés sur des mélodies “pop” simplistes, qu'il déconstruit ensuite et perturbe par un chant braillé. Il mutile ses compositions, rend le tout volontairement inécoutable, et obtient un résultat à l'opposé d'une chanson à l'ambiance linéaire et facile.

Costes a ainsi auto-produit près d'une centaine d'albums (cassettes, vinyles et CD), et réalise souvent lui-même ses pochettes, faites de collages minimalistes le mettant crûment en scène dans la thématique développée tout au long de l’opus.
Détailler de manière traditionnelle ses albums n’aurait objectivement aucun sens tant il a exploré tous les recoins obscurs de la psyché humaine. Il a enregistré des milliers de titres sur des thèmes si différents, qu'il est d'emblée en tête du hit-parade du nombre de sujets abordés dans une chanson. Costes ne dépeint pourtant pas sa propre vision de la société, mais traite plutôt de la face cachée de l'humanité. Une démarche qui revêt a posteriori un côté sociologique indéniable ; son œuvre est progressivement devenue le témoignage d'une époque donnée d'où se dégage une sorte de philosophie, tout au moins sur la nature des rapports humains.

Là où d'habitude, risquant de passer pour des cons où des minables, les autres s'arrêtent d'écrire, Costes, lui, commence. Au début du malaise, de la honte, de la solitude, de la haine, du dégoût de soi, du rejet de/par la société, de la scatologie, du sexe, du racisme, de la folie, de l'échec, de la perversité, de la faiblesse ou de l'amour à mort : ses textes sont un défouloir, une sorte d'auto-catharsis apaisant aussi. Il ne supporte pourtant pas plus que certains de ses auditeurs les mots parfois haineux qu'il utilise, mais il a choisi de faire des vices et des excès de l'espèce humaine une démarche artistique extrême.



L’auditeur curieux pourra commencer son aventure dans l’univers de Costes par certains de ses albums les plus caractéristiques : la parodie extrême du racisme avec Livrez Les Blanches Aux Bicots (1989), le recueil des chansons d’amour de Sorcières (1990), l’opus anti-femme de Terminator Moule (1992) ou bien anti-japonais avec Jap Jew (1993, CD en anglais avec quelques morceaux chantés en japonais). Son CD le plus connu est probablement le brûlot anti-rap NTM-FN (1996), et l’album qui développe le plus en détail son concept anti-race est Raciste Positif (1998). Nègre Blanc (1999) traite quant à lui du jazz (il est sorti sur le label français Rectangle qui a également produit la compilation Hommage à Costes en 2003), et Nike Ta Race en 2000 est une collaboration improbable avec rappeurs et chanteurs de raï. 
Dans ses récentes productions on peut noter Fecal Master (sur le label américain Fecal Matter en 2004) qui traite de la scatologie, Œuvre Au Noir (sur le label français Amortout, aussi en 2004) qui propose une parodie féroce et humoristique de la scène black métal et de ses codes, ou encore Catholique autoproduit par Costes en 2005, explorant la thématique religieuse.



Mais en glorifiant l'inacceptable, en plaçant souvent ses propos entre l'envie de rire et l'envie de vomir, Costes a toujours eu des ennemis tenaces ; de l'extrême droite aux rappeurs, des ligues antifascistes à la gauche bien pensante… La liberté d'expression n’est souvent acceptée que dans un cadre déterminé, or Costes est clairement et perpétuellement hors de ce cadre.
Sa principale censure n'a pourtant jamais été directement celle de l'Etat, mais au début plutôt celle d'individus ou de structures refusant de le promouvoir ou de le distribuer. Pourtant, depuis 1997, les choses ont basculé avec internet, et malgré l'aspect satirique évident de ses textes, plusieurs ont été considérés comme racistes, et l'ont amené devant les tribunaux. Pourquoi ?
Car, dans les personnages de ses chansons, Costes illustre souvent le mal, et ce qu'on lui reproche, c'est de ne pas donner assez de caution morale à ceux-ci, surtout sur ce médium grand public qu'est internet. Or c'est précisément cet aspect moral qu'il ne veut absolument pas intégrer dans son œuvre car, pour lui, ce n'est pas à l'artiste de prendre ce genre de précautions. Le spectateur, l’auditeur, le lecteur ne doit pas avoir besoin d’une caution pour deviner ce qui est condamnable et ce qui ne l’est pas : son jugement seul doit lui permettre de juger et de condamner l’extrémisme, l’horreur, sans besoin d’une morale supérieure qui lui dicterait son opinion et lui expliquerait que tel ou tel personnage est « mauvais ». A l'heure actuelle, c'est encore le plus long procès en cours mettant en cause un artiste français.



Un autre aspect important du travail de Costes concerne le live, car d'une part il a fait beaucoup de performances et, surtout, il y théâtralise son univers. Fortement influencé par les cérémonies religieuses africaines, il intègre cet aspect vaudou dans ses shows qui n'ont rien de concerts traditionnels. Il utilise sur scène son corps comme un médium, au service de l'histoire et du spectacle final, peu importe ce que celui-ci doit subir pour y arriver, et le spectateur doit en avoir pour son argent.
A ses débuts, il fait quelques performances seul ; puis en 1988 il rencontre la chanteuse et performeuse Lisa Carver, alias Lisa Suckdog, et c'est avec elle que les premiers vrais shows prennent forme : violents, dérangeants et drôles à la fois. Alors qu'en studio il travaille en solitaire, sur scène il aura dès lors souvent recours à des complices, hommes et femmes, qu'ils soient eux-mêmes performeurs ou tout simplement issus du public. Ses spectacles ont été joués dans toute l'Europe, mais aussi au Japon et aux Etats Unis. Ses shows ne sont jamais une simple extension d'un album mais toujours un spectacle à part entière, où l'action est très dynamique ; une forme de théâtre chanté, qui développe en général un thème de long en large, de ses aspects les plus triviaux aux plus profonds.
Sous une apparence chaotique, la représentation est ainsi organisée autour d'un scénario, dirigé une bande-son en playback qui sert de fil conducteur, sur laquelle il chante. Adepte du premier degré, Costes ne développe presque pas l'aspect psychologique de ses personnages et leurs réactions sont instinctives. La mise en scène y est également primitive et les actes sont instantanés et peu exprimés par des dialogues, à l’opposé du théâtre traditionnel.
Les shows de Costes sont pourtant souvent mal interprétés, et les spectateurs les réduisent aux situations limites qu'ils représentent, c'est à dire le sexe et la violence. Pourtant Costes n’y cherche pas uniquement la provocation, il veut aussi montrer la réalité telle qu'elle est. La nudité omniprésente est agressive, mais nécessaire pour montrer la faiblesse du corps autant que pour mettre en contraste les costumes, toujours représentatifs des symboles sociaux aliénants.
Sa dernière tournée mondiale s'est déroulée en 2003 avec l'opéra porno-social Le Culte De La Vierge, toujours entre chanson, théâtre, nudité et violence. Et ses derniers shows en solo  étaient Je Suis Mon Propre Bourreau (2005), et J’aime La Haine, actuellement en tournée, en parallèle à la promotion de son dernier livre.



Costes a également réalisé de nombreuses productions vidéos (indépendamment de celles qui retranscrivent ses shows) et il y développe toujours des scénarios bizarres, choquants ou plus simplement burlesques. Il conserve pourtant dans ses films une forme plus classique et ne les déstructure pas comme il déconstruit ses chansons. Mais, à l'instar de son style de chant, ses personnages y ont souvent des sentiments exacerbés.
Son dernier film est Alice Au Pays Des Portables, une fiction “racaille-romantique” co-réalisée avec l'actrice Darline Montfort en 2002. Plusieurs de ses réalisations ont par ailleurs été présentées en 2004 au LUFF, Lausanne Underground Film & music Festival.
Costes a aussi été acteur dans des films plus traditionnels, toujours pour des rôles extrêmes, notamment dans Baise Moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi, Lilith d'Ovidie, Irréversible de Gaspar Noé ou encore en 1999 dans le film allemand Jenseits Den Rosen d’Axel Meese où il a été l'acteur principal. En 2004, il a également joué le pape Alexander VI Borgia, dans l'opéra moderne Kastanienball de Stefan Winter, au festival de Munich.

Il a aussi écrit plusieurs articles et coups d'humeurs (notamment pour la revue Cancer ainsi que pour divers sites internet), ainsi que deux livres, Viva La Merda édité chez Hermaphrodite en 2002, et Grand Père édité chez Fayard au début 2006.


Cet article a été reproduit ou cité ici, ici, ici et ici.
Cet article est initialement paru en 2006 sur le webzine Obsküre, et quelques corrections y ont été apportées en 2016.
La dernière photo, live à Paris en 1991, provient du blog d'archives de Cyril Adam
Les autres images proviennent des archives de Jean-Louis Costes.